Conception, Corps & Fictions [Project]

Identité visuelle de Journées d'Étude en Design.

Corps
Jusqu’où les humains seraient-ils prêts à interagir corporellement avec les technologies ? Sans doute très loin lorsqu’il s’agit de raisons vitales ou encore, vénales. Dans une disposition méliorative, nous pensons notamment aux applications récentes de cœurs artificiels ou encore au projet scénarisé de Veronica Ranner intitulé Biophilia - Organ Crafting dans lequel des vers à soie, génétiquement modifiés, seraient en capacité de tisser des structures coronariennes plutôt que des cocons. Ces deux exemples l’un réel, l’autre fictionnel, trouvent un appui moral commun, celui du projet salvateur. Mais qu’en serait-il des désirs évolutionnistes ? En résonance avec les performances de l’artiste Stelios Arcadiou alias Stelarc, la recherche de l’individu « augmenté » questionne encore d’une autre manière les relations du vivant avec la machine. Peter Sloterdijk s’interroge justement sur notre rapport à la technique au delà de ce qu’il nomme un « état d’esclavage ontologique ». Dépassant en ce sens le paradigme allotechnique de l’exploitation et de la maîtrise de la nature par la ruse, le philosophe allemand émet l’hypothèse d’une homéotechnique, paradigme d’hybridation et de coproduction. Rappelons aussi, Donna Haraway qui, depuis le milieu des années 1980, défend les principes de dénaturation et de dépassement du genre humain au travers d’une « fiction cyborgienne » apte à redéfinir notre ontologie et notre politique. Ainsi, le premier élément d’attention que nous proposons d’interroger est le concept de « corps » tant dans ses interactions que dans une recherche d’« autoplastique » qui, au regard de certains projets développés par les designers, amène à définir le corps comme support et/ou matériau. Cette désacralisation suppose aussi de modifier notre appréhension culturelle, sociale et politique de ce que l’on pourrait tout aussi bien déterminer comme notre réalité sociale.

Fictions
La fiction est propre à l’espèce humaine qui, par l’imaginaire, la produit. Mais comment le design, entendu comme manière de concevoir de l’utile et par là même de prétendre à la satisfaction d’un besoin, peut-il, par la fiction, trouver une légitimité ? De cette chimère entendue comme instrument de manipulation, on pense à la mimésis platonicienne, il s’agirait d’en saisir un autre versant que Jean-Marie Schaeffer appelle la « feintise ludique », processus à partir duquel la fiction est saisie par une personne qui, en toute conscience, se laisse prendre au jeu. Également, Kendall Walton démontre tout le divertissement d’un « faire-semblant ». L’argument de ces deux auteurs apparaît alors tenir de la jouabilité, condition nécessaire afin que la fiction permette aux individus, qui s’y laissent prendre et surprendre, d’en tirer un certain avantage. D’après le projet de design fictionnel, une telle mise en attention de l’individu suscite un déplacement de son rôle d’« utilisateur » à celui de « regardeur ». Ainsi, le second sujet de cet appel invite à interroger les fictions dans leurs capacités à troubler nos représentations. Car même si la finalité « utile » de l’artefact n’est plus aussi facilement perceptible, il semblerait que produire des mondes autres pourrait être l’une des conditions nécessaires à la construction du monde réel. Il ne s’agit pas de dissocier les notions de FICTIONS et de CORPS, mais au contraire de discuter d’une mise en écho et/ou en tension de ces dernières.

Partenaires
Unité de Recherche Approches contemporaines de la création et de la réflexion artistiques (ACCRA) de l'Université de Strasbourg, Haute École des Arts du Rhin (HEAR) et l'association Design en Recherche (réseau des jeunes chercheurs en design).

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Design, Body & Fiction [Project]

Visual identity for Design Study Days.

Body
How far would humans be willing to physically interact with technology? Probably very far when it comes to vital or even venal reasons. In a more positive vein, we think in particular of recent applications of artificial hearts or Veronica Ranner's scripted project Biophilia - Organ Crafting in which genetically modified silkworms would be able to weave coronary structures rather than cocoons. These two examples, one real, the other fictional, find a common moral support, that of the life-saving project. But what about evolutionary desires? In resonance with the performances of the artist Stelios Arcadiou alias Stelarc, the search for the "augmented" individual questions in yet another way the relationship of the living with the machine. Peter Sloterdijk questions our relationship to technology beyond what he calls an "ontological state of slavery". Going beyond the allotechnical paradigm of exploitation and mastery of nature by cunning, the German philosopher puts forward the hypothesis of a homeotechnology, a paradigm of hybridization and co-production. Let us also recall Donna Haraway who, since the mid-1980s, has been defending the principles of denaturing and overcoming the human race through a "Cyborgian fiction" capable of redefining our ontology and our politics. Thus, the first element of attention that we propose to question is the concept of "body" both in its interactions and in a search for "autoplasticity" which, with regard to certain projects developed by designers, leads to the definition of the body as a support and/or material. This desacralization also implies modifying our cultural, social and political apprehension of what could just as easily be determined as our social reality.

Fictions
Fiction is peculiar to the human species which, through the imagination, produces it. But how can design, understood as a way of conceiving what is useful and thus claiming to satisfy a need, find legitimacy through fiction? From this chimera understood as an instrument of manipulation, one thinks of the Platonic mimesis, it would be a question of grasping another side of it that Jean-Marie Schaeffer calls "playful feintizing", a process from which fiction is grasped by a person who, in all conscience, allows himself to be caught up in the game. Also, Kendall Walton demonstrates all the fun of a "make-believe". The argument of these two authors appears to be based on playability, a necessary condition for fiction to allow individuals who allow themselves to be caught and surprised by it to derive some benefit from it. According to the fictional design project, such a focus on the individual leads to a shift from the role of "user" to that of "viewer". Thus, the second subject of this call invites us to question fictions in their capacity to disturb our representations. For even if the "useful" purpose of the artefact is no longer so easily perceptible, it would seem that producing other worlds could be one of the necessary conditions for the construction of the real world. It is not a question of dissociating the notions of FICTIONS and BODY, but on the contrary of discussing an echoing and/or tensioning of the latter.

Partners
Research Unit Approches contemporaines de la création et de la réflexion artistiques (ACCRA) of the University of Strasbourg, Haute École des Arts du Rhin (HEAR) and the association Design en Recherche (network of young design researchers).

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